La Dernière Nuit du Raïs _ Yasmina Khadra

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Quatrième de couverture : Nuit du 19 au 20 octobre 2011.
Mouammar Kadhafi, acculé par les rebelles déterminés à libérer la Libye, a trouvé refuge à Syrte. Avec le jour, viendra la mort.
Entouré d’une poignée de fidèles, le dictateur s’accroche à ses lubies et fantasmes. Lui, l’Élu de Dieu, Guide légitime de la nation, ne peut être renversé. Incapable de voir l’inconcevable réalité de sa fin, il court à sa perte.
Et le tyran se souvient de son ascension et raconte ses dernières heures de tension. Qu’il semble loin l’écho de la gloire passée. La ferveur du peuple est un chant de sirènes…

 

Mon avis : 

Saisissant ! Et Brillant ! 

Yasmina Khadra nous offre ici un travail d’écriture unique et extrêmement bien mené. La Dernière Nuit du Raïs nous plonge dans les pensées de Mouammar Kadhafi, acculé par les rebelles et promis à une mort certaine. 

Pendant cette dernière nuit, le dictateur fait le bilan, retrace son parcours. Lui, enfant du désert devenu l’Élu, le Guide. Il se demande pourquoi son peuple le chasse, alors qu’il est persuadé d’avoir tout fait pour lui apporter de la grandeur. 

L’orgueil est allergique à la raison. Quand on a dominé les peuples, on s’oublie sur un nuage.
Mais qu’a-t-on dominé au juste ? Pour aboutir à quoi ? En fin de compte, le pouvoir est une méprise […].

A la lecture de ce roman basé sur des faits réels, il ne faut pas oublier qu’il s’agit malgré tout d’une fiction. Yasmina Khadra nous offre une analyse de la psychologie de Kadhafi, mais d’autres sont possibles… Le lecteur est confronté à un personnage absolument mégalomane, narcissique, pervers, dénué de compassion. Un homme qui ne supporte pas le moindre affront et n’hésite pas à faire torturer ou à condamner à mort ceux qui lui font l’offense d’être en désaccord avec lui. Car qui s’oppose à lui, s’oppose à Dieu. 

Par moments, il se remet en question. Des moments de « lucidité » fugaces, que j’ai trouvé particulièrement intéressants. D’autant plus intéressants qu’ils finissent toujours par s’évaporer, anéantis par le retour de cette certitude qu’il est au dessus de tout et de tout le monde. Qu’il est un Dieu, un Guide, un Prophète, et que sa mort viendra, en apothéose, confirmer sa légende. 

L’approche de l’auteur remet Kadhafi à sa place d’être humain. Un dictateur sanguinaire, mais aussi un humain, qui aime ses fils, qui pense au moment de sa mort. Le récit se clôt par la capture et le lynchage du Raïs. Lui qui se voyait mourir acclamé par le peuple subit les coups, les crachats, le viol. Une scène utlra violente… Malgré tout ce qu’on apprend au fil de la lecture sur ce personnage sanguinaire dénué de regrets, sa fin atroce n’a rien de jubilatoire et laisse une sensation de malaise. 

La Dernière Nuit du Raïs est un roman puissant, passionnant ! Mais aussi dérangeant. Il fallait oser se confronter à un pareil tyran, il fallait oser tenter d’interpréter sa folie. Khadra l’a fait, avec talent. 

 

Du même auteur, j’ai également lu, et adoré, L’attentat. Un gros coup de cœur !

 

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